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Image :Pierre Gueniot: le rmiste

"Qu’est-ce qu’être Rmiste dans la société actuelle ?

Il était une fois une gentille chômeuse Rmiste qui découvrit
avec stupeur un nouveau monde, le « Leurre-Land »,
où tout est fait pour que le pauvre vive bien sa pauvreté
mais où rien n’est fait pour qu’il s’en sorte.
Il a fallu que je combatte, non pas ma honte mais mon incrédulité, pour enfin témoigner.
Le RMI est une chape de plomb qui nous isole et étouffe toute colère chez plus
de sept millions de Français. Comment en sommes-nous arrivés là ?
…Cette entrée dans le monde de la pauvreté est ritualisée.
Nous sommes reçus par une « gentille assistante sociale » qui nous dépeint
ce monde du RMI comme le Nouveau Monde. Cette personne nous informe
de nos droits de pauvre. Droit à des bons alimentaire, droit d’accès
à des associations de solidarité pour manger, s’habiller,
sans oublier le droit de négocier sa facture d’électricité en janvier,
moyennant une remontrance d’un travailleur social.
Enfin, pour nous faire accepter cette entrée dans ce nouveau monde,
le Rmiste doit signer un contrat avec le conseil général.
C’est la preuve que les politiques ne cherchent pas à résoudre la pauvreté,
ils la gèrent. C’est ainsi que tous les six mois nous devons pointer
devant une assistante sociale, comme si le pauvre, sous cette politique de droite,
se retrouvait en liberté conditionnelle.
Une fois légitimé dans ce nouveau monde avec ce nouveau statut social Rmiste,
commence tout un parcours initiatique qui a pour seul objectif de nous dématérialiser.
En effet, tout est prévu pour que le Rmiste n’apparaisse jamais longtemps dans les chiffres.
Pour cela, on se voit proposer toutes les formations possibles et inimaginables.
On apprend l’anglais, l’informatique, le relookage, à faire des crêpes…
Jusqu’au moment où l’on ose poser la question : elle est où la sortie, elle est où l’insertion ?
Très vite dans ce système, le Rmiste n’est plus une personne à insérer
professionnellement mais est devenu un budget du conseil général
que l’on se file d’association d’insertion en centre de formation.
Mais le pire dans tout cela c’est que ces politiques UMP sont persuadés
que nous sommes heureux dans ce nouveau monde. Alors que demande le peuple ?
Le peuple demande la justice, l’égalité des chances, le droit au travail…
Dans ce nouveau monde, il y a aussi un endroit où le Rmiste chômeur ne doit
jamais apparaître officiellement bien longtemps. Nous parlons, ici, de l’ANPE.
Lorsque je suis passé dans la catégorie des « chômeurs longue durée »,
un conseiller d’orientation m’a orientée vers la sortie en me radiant un 14 août.
Depuis, je suis une clandestine et, parce qu’ils ont fait de moi une clandestine,
je suis aujourd’hui dans l’illégalité. Combien sommes-nous ?
Comment le gouvernement justifie-t-il de cette politique de radiation ?
Le gouvernement instrumentalise le chômeur et fait en sorte que ce soit à l’exclu de
justifier sa radiation. Incroyable !
Commet justifier d’une politique de radiation quand on en est la victime ?
Moi, j’ai toujours refusé de régulariser ma situation ; j’estime que c’est un problème
de gestion de stock qui ne me concerne en rien.
Moi, je cherche du travail ! A ce stage de cette gestion de la pauvreté,
je ne suis plus dans aucun chiffre, je n’existe plus. Le plus effrayant dans ce monde,
c’est que je n’y ai vu personne en colère.
C’est parce que cette gestion de la pauvreté fonctionne trop bien qu’il est important de la dénoncer.
Faire du social pour l’UMP, c’est filer la pièce aux pauvres et ne pas lâcher la pièce
tant que le pauvre n’a pas dit merci. Eh bien !, moi je suis une citoyenne qui,
quand on lui file la pièce, répond par un bras d’honneur et revendique son droit au travail.
Elle est belle la jeunesse ! Parce que j’ai refusé de justifier de ma condition de pauvre
et parce que j’ai refusé de justifier de cette politique de radiation,
le 1er août le conseil général du Morbihan m’a condamnée pour délit de pauvreté
à la suppression du minimum vital de 300 euros par mois.
Moins un Rmiste à Vannes, quelle efficacité !
Vous comprenez pourquoi peu sont les Rmistes qui disent leur colère.
C’est parce que tous ces systèmes sont impuissants, qu’ils font de nous des coupables.
Je ne suis coupable de rien.
Qu’est-ce qu’élire un représentant du peuple lorsque l’on vote à 70 % pour que Le Pen ne passe pas ?
Cinq ans pour rien et encore un an à attendre, alors en attendant,
pour dire qu’il n’y aurait pas de chômeurs en France et pour dire que ceux qui seraient au chômage,
ils seraient heureux, et pour dire que les pauvres profiteraient de la pauvreté, et pour dire que…
tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Pour la journée de la pauvreté
Dominique Le Berth, VANNES."

Lien source : http://courrierdeslecteurs.blogs.letelegramme.com/tag/RMI